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Entrevue avec Cynthia Wu-Maheux

Updated: Mar 9, 2023

Série 50 nuances de féminisme




La comédienne Cynthia Wu Maheux jouera dans la pièce Beau gars qui sera présenté au Centre du Théâtre d’Aujourd’hui dès le 14 mars. La pièce féministe illustre un univers dans lequel les femmes s’arrogent sans vergogne tous les rôles de pouvoir, dans le but de faire réfléchir son spectateur. J’ai rencontré Cynthia afin de discuter de ce nouveau projet, mais aussi, de féminisme par la même occasion!

Par Sandra Sirois


SANDRA : Cynthia, parle-moi de la pièce Beau gars dans laquelle tu as le rôle principal?


CYNTHIA : C’est une pièce que l’autrice Erin Shields a écrite pendant la pandémie. Elle visionnait plein de séries en rafale, comme Game of Thrones. Elle pensait à la situation des femmes dans ces séries. Erin analysait comment on mettait les femmes en valeur, comment ces femmes pouvaient s'émanciper dans le cadre de ces histoires ou comment elles finissaient par être un objet à "sauver”. Elle a eu un gros vertige de constater comment on positionnait les femmes dans le domaine du divertissement. Et aussi, comment ce divertissement nourrissait nos réflexes inconscients face aux différences sexuelles et aux réels pouvoirs de la femme. Et encore, comment on laissait passer des choses, parce que ce qu’on regardait, c’était tellement «médiéval». Vu que l’histoire se déroule à une autre époque, on se laisse nourrir de quelque chose qui alimente… euh… comment dire…


Sandra : La culture du viol? Personnellement, quand je regarde la série Game of Thrones, je trouve que ça évoque vraiment la culture du viol. Je n’ai jamais terminé la série à cause de ça…


Cynthia : Vraiment. Parce que c’est une autre époque, on se laisse nourrir de quelque chose qui alimente l’écart de la différence dans notre société quotidienne. Ça met beaucoup en lumière notre responsabilité en tant que créateur et spectateur. Quelles sont nos zones d’inconscient lorsqu’on regarde ces séries? Est-ce qu’on se rend compte de ce qu’on voit vraiment? Ou, au contraire, il y a quelque chose d’épique et on prend la position du bourreau, en voulant sauver la veuve en versant des larmes? Au lieu de voir qu’à la base, le masculin et le féminin, ou le ying et le yang, si on peut dire - parce qu’on évolue dans une société qui grandit dans un concept de moins en moins genré - ce sont deux forces extrêmement puissantes, mais complémentaires. L’égalité ne passe pas nécessairement par l’homogénéité, mais par cette force-là, l’énergie féminine, qui est essentielle. Il est crucial de voir le rôle et le pouvoir de la femme, ainsi que de l’énergie féminine, dans le monde. Si on s’empreint tous seulement de l’énergie masculine, ça cause un gros débalancement. Ça montre à quel point le pôle masculin est très honoré. Et donc, pour être une femme extrêmement forte, on doit embrasser les qualités «empruntées aux hommes» pour être entendues, respectées, mises de l’avant. La guerrière des guerrières.

Sandra : Dans le fond, à ce que je comprends, l’autrice de la pièce s'est exclamée «WTF» en regardant toutes ces séries, puis elle s’est dit : «Je vais écrire une pièce pour dénoncer tout ça!» C’est ça?


Cynthia : Oui, exactement, merci! (rires) Ça met justement en valeur trois personnages féminins qui embrassent cette énergie masculine-là. C’est comme un monstre à trois têtes qui vibre une énergie masculine extrême. Un jeu de mise en abyme, qui met en lumière notre inconscient, ou plus précisément, nos réflexes inconscients quand on consomme de la culture ou le divertissement.


Crédit photo: Gracieuseté (C)

Sandra : Pourquoi avoir intitulé cette pièce Beau gars?


Cynthia : Ça part dans un monde où les rôles sont un peu inversés. La place du gars est un peu la place invisible des femmes dans toutes ces séries qu’on regarde. Et dans la pièce, quand on pense être arrivé quelque part, il y a un tournant ou un nouveau palier qui arrive. C’est vraiment une pièce qui nous met un miroir dans la face.


Sandra : Et toi, Cynthia, est-ce que tu te considères féministe? Et si oui, pourquoi?


Cynthia : On est dans une société en ce moment qui doit renettoyer les mots des émotions et des imitations imposées. Je pense qu’il y a beaucoup d’émotions et de jugements sur beaucoup de mots, ce qui fait qu’on jette un sort, une fausse action ou un jugement de valeur sur quelque chose qu’on comprend plus le sens.


Sandra : Tu dis ça par rapport au mot «féminisme» j’imagine?


Cynthia : Oui. (Cynthia tape à son ordinateur) Je regarde les définitions du mot «féministe». Selon le Larousse, ça dit: «Relatif au féminisme». Tabarnouche, c’est don’ ben wack comme définition! (rires) Celle-là est mieux : «Courant de pensée et mouvement politique en faveur de l’égalité entre les hommes et les femmes.» Alors, là, oui, je suis féministe. Le point 2 de la définition : «L’État d’un individu du sexe masculin présentant des caractères de féminité plus ou moins marqués.»


Sandra : Eh ben, je n’étais pas au courant de cette définition!

Cynthia : Ben moi non plus! Ça se poursuit… «On attribue l’absence de barbe, développement des seins, des hanches… On attribue ce qui est à l’absence des sécrétions internes testiculaires… »


Sandra : (rires) Je pense qu’on s’écarte un peu du sujet!


Cynthia : C’est le fun de revenir à la base. Revoir la définition pour mieux se rebrancher pour enlever la peur de nommer le mot. «Courant de pensée et mouvement politique en faveur de l’égalité entre les hommes et les femmes.» Si je relis cette définition, ma raison s’enclenche, et là, oui, je suis féministe. Ça me fait réfléchir à propos de comment une société patriarcale manipule et endommage aussi le pôle masculin pour le tenir dans un rôle précis.


Sandra : Que penses-tu qu’on devrait faire pour aider les femmes d’ailleurs, comme en Iran, qui vivent souvent dans des conditions beaucoup plus difficiles que nous au Québec?


Cynthia : L’énergie de ying et de yang, l’énergie masculine et féminine, le travail que l’on fait ici pour obtenir un équilibre a un écho. On ne peut pas aller dans certains pays et dire : «Ce n’est pas ça!» On ne peut pas péter un organisme comme ça. Un enfant ne va pas se mettre à courir avant de trouver son équilibre. On veut tout régler en même temps. On peut continuer à avancer, même s’il y a des pas de reculs majeurs qui sont extrêmement troublants, comme la régression de l’avortement aux États-Unis par exemple. Je garde quand même la foi qu’on avance, mais pas vite. De plus en plus, on va avoir à aller vers la force communautaire. Le courage de développer les valeurs du coeur, la force de la patience et de la résilience. Plus l’homme va se connecter à sa sensibilité, moins il se sentira la peur de se faire prendre son pouvoir.


Sandra : Qu’est-ce qu’on pourrait faire pour encourager les hommes à la lutte féministe? On dirait que c’est difficile parfois pour les hommes de comprendre la culture du viol, parce qu’elle se joue beaucoup dans l’inconscient…


Cynthia : La prise de conscience n’est pas confortable. Même nous les femmes, nous avons encore des réflexes inconscients qui font en sorte qu’on se met en position de soumission. L’humoriste Suzie Bouchard a écrit un monologue sur la honte. Elle dit : «Nettoyer l’histoire racontée de la manipulation du colonialisme et du patriarcat afin de remettre le blason d’honneur à la grande diversité des êtres qui ont contribué à l’avancement de l’humanité. Faire briller l’injustice et l’unité.» Il faut aussi développer nos aptitudes de communication sans blâmer. C’est plus un muscle que l’on pense. L’écoute et la patience sont des valeurs importantes, et c’est à force de le faire que l’échange va devenir plus clair, sans qu’on se sente attaqué.




À PROPOS DE LA PIÈCE


Bienvenue dans le monde imaginaire de Beau gars où les femmes s’arrogent sans vergogne tous les rôles de pouvoir. Politiciennes, chasseuses, reines, policières, elles sont partout et dominent toutes les sphères de la société. Sur scène, trois narratrices passent au hachoir les univers de films et de séries télévisées, commentant avec un humour décapant les actions de leurs héroïnes fictives, tout en gardant à l’œil un beau gars à moitié nu, homme-objet maintenu à disposition.

Beautiful Man de l’autrice Erin Shields, traduite ici par Olivier Sylvestre, est une satire engagée, adroite et jouissive qui renverse les rôles et transfère de manière déconcertante les discours et comportements stéréotypés pour mieux les révéler. Beau gars s’attaque joyeusement à tout ce qui est toxique et insidieusement entretenu par la culture populaire, opérant un changement radical dans la manière de raconter les histoires.


Pour acheter des billets, visitez la billetterie du Centre du Théâtre d'aujourd'hui.

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